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POURQUOI NOUS DISONS "NON" ! par Jacques
Chirac

Ce texte de
Jacques Chirac, dont nous garantissons l'authenticité, est sans
équivoque : il appelle à voter "non" ! Il faut le lire avec
attention, pour en mesurer toute la force. Nous vous invitons à
le faire suivre à au moins cinq personnes, pour lui assurer la
diffusion maximum...
Il
est des heures graves dans l'histoire d'un peuple où sa
sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces
qu'on lui cache.
L'Europe que nous attendions et
désirions, dans laquelle pourrait s'épanouir une France digne et
forte, cette Europe, nous savons depuis hier qu'on ne veut pas
la faire.
Tout nous conduit à penser que,
derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on
prépare l'inféodation de la France, on consent à l'idée de son
abaissement.
En ce qui nous concerne, nous devons
dire NON.
En clair, de quoi s'agit-il ? Les faits
sont simples, même si certains ont cru gagner à les obscurcir.
(...) Une Europe fédérale ne manquerait pas d'être dominée par
les intérêts américains. C'est dire que les votes de majorité,
au sein des institutions européennes, en paralysant la volonté
de la France, ne serviront ni les intérêts français, bien
entendu, ni les intérêts européens. (...)
Telle est bien la menace dont l'opinion
publique doit être consciente. (...) Il est de fait que cette
Communauté - en dehors d'une politique agricole commune,
d'ailleurs menacée - tend à n'être, aujourd'hui, guère plus
qu'une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts
étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des
pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre
des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous
accorder la réciprocité. On ne saurait demander aux Français de
souscrire ainsi à leur asservissement économique, au marasme et
au chômage. Dans la mesure où la politique économique propre au
gouvernement français contribue pour sa part aux mêmes
résultats, on ne saurait davantage lui obtenir l'approbation
sous le couvert d'un vote relatif à l'Europe.
La politique européenne du gouvernement
ne peut, en aucun cas, dispenser la France d'une politique
étrangère qui lui soit propre. L'Europe ne peut servir à
camoufler l'effacement d'une France qui n'aurait plus, sur le
plan mondial, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous
récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la
vocation d'une grande puissance, membre permanent du Conseil de
sécurité des Nations unies et investie de ce fait de
responsabilités particulières dans l'ordre international.
C'est pourquoi nous disons NON.
NON à la politique de la supranationalité.
NON à l'asservissement économique.
NON à l'effacement international de la France.
Favorables à l'organisation européenne,
oui, nous le sommes pleinement. Nous voulons, autant que
d'autres, que se fasse l'Europe. Mais une Europe européenne, où
la France conduise son destin de grande nation. Nous disons
non à une France vassale dans un empire de marchands, non à une
France qui démissionne aujourd'hui pour s'effacer demain.
Puisqu'il s'agit de la France, de son
indépendance et de l'avenir, puis qu'il s'agit de l'Europe, de
sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous
lutterons de toutes nos forces pour qu'après tant de sacrifices,
tant d'épreuves et tant d'exemples, notre génération ne signe
pas, dans l'ignorance, le déclin de la patrie.
Comme toujours quand il s'agit de
l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à
l'oeuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne
l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix de la
mort.
Mais, comme toujours quand il s'agit de
l'honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour
combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la
décadence.
Avec gravité et résolution, je vous
appelle dans un grand rassemblement de l'espérance, à un nouveau
combat, celui pour la France de toujours et l'Europe de demain.
N.B. : Vous avez compris, bien
entendu, qu'il s'agissait du fameux "appel de Cochin", lancé par
Jacques Chirac le 6 décembre 1978... |